En embarquant sur le ferry en direction de Puntarenas, nous quittons la péninsule de Nicoya riches d’expériences que nous ne pouvions envisager plus tôt. Nous savons également que nous avons besoin de nous arrêter pour quelques jours de vacances.

En décollant de Paris en début d’année, nous étions excités à l’idée que les jours de la semaine n’auraient plus d’importance. Qu’importe que nous soyons mardi, jeudi ou dimanche ? Ce faisant, et malgré des arrêts ici ou là nous avons réalisé face aux difficultés rencontrées que nous n’avons pas pris un seul « week end » : ces deux jours qui n’ont plus rien à voir avec les cinq précédents. Nos petites pauses étaient rythmées par l’étude des cartes, des opportunités de ravitaillement, d’hébergement, de maintenance mécanique des vélos etc.

Une de nos innombrables opération de maintenance mécanique. Mieux vaut prévenir que guérir !
Une de nos innombrables opération de maintenance mécanique. Mieux vaut prévenir que guérir !

Après deux mois à un rythme où nous avons souvent endossé le rôle de cyclistes à la recherche d’un challenge,  il est temps de nous consacrer aussi à notre rôle de parents, de repenser notre quotidien autour de cette année à quatre.

Notre premier objectif est donc de trouver un lieu de résidence où nous pourrons changer de rythme et nous reposer une semaine.

Derniers moments avec Dave

Pour notre dernière soirée avec Dave, nous avons la chance de trouver un studio avec cuisine dans un hôtel avec piscine. Pendant que les filles barbotent, Charlotte négocie avec le propriétaire québécois, d’utiliser la machine à laver de l’hôtel. Dave de son côté part à la tienda du coin de la rue afin de préparer un bon repas pour célébrer notre dernière soirée ensemble, après dix jours de roulage en peloton serré.

Nous passons une excellente soirée autour de guacamole, ceviche, poulet mariné grillé, le tout arrosé de vin et de bière. En fin de soirée, chacun étudie sur la carte son parcours du lendemain : Dave partira vers le Nord pour rejoindre d’ici quelques jours la côte atlantique, de notre côté, c’est toujours plein Sud !

Nous en profitons pour trouver un appartement où s’installer pour les vacances. A 80km au Sud se trouve la ville de Jaco, station balnéaire bétonnée appréciée des Etats-Uniens mais dont la plage est réputée pour être un très bon spot de surf. Nous trouvons sur Airbnb un appartement qui nous semble parfait, les commentaires sont excellents. J’échange rapidement quelques emails avec la propriétaire, négocie une réduction pour la semaine et nous voilà parés !

Le lendemain matin nous chargeons les vélos et après une dernière photo et embrassades mutuelles nous prenons la route. Pendant les dix premiers kilomètres nous roulons groupé jusqu’à la fourche qui sépare nos chemins. Merci Dave pour tout ce que nous avons partagé ensemble.

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Dernier départ d’étape avec Dave dans le peloton.

Nous roulons à bonne allure pour une étape des plus ordinaires : environ 60km et 500m de dénivelé. Nous sommes attendu à Playa Agujas par Priscilla, une française installée depuis dix ans sur la côte et qui loue des chambres et studios. Trouvé la veille sur Airbnb, elle a eu la gentillesse de nous offrir le studio au prix de la chambre et pour une nuit seulement alors qu’elle n’accepte habituellement que pour 2 jours minimum. En prenant connaissance de notre périple, Priscilla a absolument tenu à ce que nous venions chez elles pour lui raconter notre aventure et voir de ses propres yeux notre curieuse caravane.

Sur l'autoroute en direction de Jaco. Et on passera même au péage !
Sur l’autoroute en direction de Jaco. Et on passera même au péage !

Sur la route, nous prenons notre pause repas aux « pont des crocodiles », où notre route enjambre la pataugeoire de dizaines de spécimens dont les plus gros mesurent près de 4 mètres.

Nous sommes abordé par Ricardo et son frère, deux colombiens en motos qui admirent notre parcours. Ils nous donne une bonne adresse à Jaco pour manger un Casado, nous leur donnons une de nos cartes et recevons dans la soirée un mail de leur part.

Il ne nous reste plus qu’une courte étape de 17km pour atteindre Jaco depuis Playa Agujas. Nous commettons l’erreur de débutant de penser que nous pouvons partir un peu plus tard que d’habitude. Nous nous mettons en selle à 11h et entamons sous un soleil de plomb une ascension de 350m dénivelé avec une pente moyenne de 15%. Je m’arrête à quatre reprises, sous de minuscules tâches d’ombre jetées sur le bitume plus chaud qu’une plancha au 15 août.

Cancùn ?! Mais c’est débile !

Nous arrivons à Jaco épuisés. Les premiers mètres dans la ville nous confirment que les plages désertes de Nicoya sont bien loin. Les snacks, bars et restaurants se succèdent dans l’artère principale. Lorsque la première pizzeria fait son apparition nous nous ruons sur le trottoir où nous parquons nos montures et nous installons à table. La commande passée, Raymond et Gisèle, un couple de québecois vient échanger les traditionnelles questions que suggèrent nos vélos et la crasse qui recouvre nos visages cramés.

Deuxième part de pizza et quelques minutes plus tard, Raymond revient et nous propose de les rejoindre chez eux pour le diner ce soir. Avec grand plaisir nous acceptons.

Troisième part de pizza aussi grasse que le soda qui l’accompagne est sucré, Vincent, un autre québécois nous aborde.

- « Whaou vous voyagez avec vos enfants, c’est génial ! Vous arrivez d’où ? »
– « Cancun »
– « Euh Cancùn ? Cancùn Mexique ?! »
– « Oui c’est ça, Cancùn »
– « Cancùn !!! Mais c’est débile ! »

Au moment où il le dit, nous échangeons un regard avec Charlotte : « Oui c’est débile » lui répond on en coeur le sourire accroché aux oreilles. Pas de méprise, « débile » en québécois c’est « incroyable ».

Vincent nous raconte qu’il fait un peu de cyclotourisme et que notre aventure est très inspirante et le motive encore plus. Il prend quelques photos nous félicite encore et repart, tellement heureux de notre échange.

Il ne l’a peut être pas réalisé, mais ces mots ont fait comme un déclic dans nos têtes. On est arrivé au Costa Rica ! Après presque 2000km de pédalage, 12 000m de dénivelé. Pendant des centaines d’heures nous nous sommes relayés à tracter plus de 100kg à la force de nos jambes, sous un soleil tel que, chez nous en France, nous serions restés au frais à la maison. Nous avons lutté contre le vent, il nous a mis à terre à plusieurs reprises. Et nous sommes là, assis dans un mauvais snack à manger une pizza aussi dégoulinante que nos fronts. Notre route est maintenant « visible » sur une carte du monde et on peut la tracer du bout du doigt !

Dernière part de pizza, je règle, le filles remontent dans la carriole et nous nous arrêtons à une aire de jeux en attendant de récupérer les clés de l’appartement. Diego a été attiré par les vélos, et à son tour il vient nous féliciter d’être arrivés jusque là. Nous échangeons quelques mots sur la suite du parcours car il compte lui aussi prendre la route, mais en moto, pour descendre en Argentine.

Décidément ! Que de rencontres en moins d’une heure !

Vacances à Jaco

Nous avons réservé pour 5 nuits un appartement des plus confortable. Petit mais cosy, rien ne manque à notre confort. Nous passons d’agréables journées entre la piscine et la plage, le surf et la baignade. Nous construisons des cabanes avec les draps, faisons « la bagarre » sur nos grands lits doubles. Nous cuisinons, nous veillons après que les filles soient couchées. Nous ne mettons pas de réveil le matin. Nous passons beaucoup de temps à l’appartement, dans la fraicheur de la climatisation à apprécier de ne rien faire.

Chilling
Chilling

Nous profitons de cette halte pour recevoir la soeur d’une amie, Ermeline, son mari et leur enfant. Ils habitent à San José et profite d’une belle journée pour nous retrouver sur la côte. Ils ont eu la délicieuse attention de nous amener quelques croissants, pains au chocolat et baguettes d’une boulangerie française de San José. Merci à vous !

Un petit déjeuner en famille des plus agréables !
Un petit déjeuner en famille des plus agréables !

Ces cinq jours passent vite, mais nous permettent de prendre conscience que nous sommes partis très (trop ?) vite et que nous devons changer de rythme, reconsidérer notre année pour coller à l’objectif initial : passer un an en famille et transmettre le goût de l’aventure à nos filles. Mais être géographiquement au même endroit 24h/24 ne signifie pas pour autant que nous soyons complètement « ensemble ».

Nous décidons donc de programmer des étapes plus courtes et de s’arrêter autant que nous avons envie, lorsque nous trouvons un endroit agréable pour tous.

Faux départ

La veille du départ de Jaco nous recevons un email pour nous prévenir que le matelas de rechange de Charlotte est arrivé ! …. A Santa Teresa, Nicoya ! Quelques échanges de mails plus tard nous avons rendez-vous le lendemain matin à 10h devant notre appartement pour réceptionner le colis. C’est donc tout naturellement que le livreur arrive à …. 12h30

Il fait maintenant plus de 36°, le soleil est au zénith. Nous faisons rapidement le tour de la question et nous élançons pour l’étape la plus courte de notre voyage : 200m ! Nous nous arrêtons au bout de « notre » rue dans un camping où nous passons l’après-midi dans la piscine pour échapper à la fournaise. A quoi bon s’infliger une autre journée à rôtir sur la route ? Personne ne nous attend à la prochaine étape.

Cette fois, on quitte Jaco !
Cette fois, on quitte Jaco !

Un nouveau départ

Après une bonne nuit sous tente nous repartons vers le sud. Une première courte étape en direction d’Esterillo Oueste où nous plantons la tente dans un petit camping, cher et peu agréable. C’est un superbe coin pour les surfeurs, les vagues sont parfaites avec un grande puissance. Les filles restent tristement sur le sable à regarder claquer les vagues mais nous les consolons avec un jus géant d’ananas.

Le lendemain nous roulons vers Quepos, situé à proximité immédiate du parc naturel Manuel Antonio. Nous voyons arriver vers nous un cyclotouriste, il s’agit de Rémy parti en septembre d’Ushuaia et qui va reprendre l’avion à Cancun. Nous échangeons les bons plans et notons ses remarques sur l’amérique du sud : c’est pas de la tarte !

Arrivés à Quépos, après avoir fait la tournée des hôtels nous passons la porte de l’auberge Wide Mouth Frog. Immédiatement nous nous y sentons bien. Une petite cour arborée et sa piscine, une cuisine ouverte et tout un tas de voyageurs. Nous y restons une nuit, puis deux, puis trois. Personne ne nous attend à la prochaine étape.

Nous repartons le long de la côte jusqu’à Dominical où nous passerons la nuit après avoir bien profité des vagues et du coucher de soleil. Nous rencontrons 2 couples de Français qui nous avaient croisés à Quepos. Nous échangeons quelques mots et ceux ci nous racontent qu’ils sont restés quelques jours dans une superbe auberge à Uvita. Hammac, rivière, cascade, plage et café à volonté, il n’en faut pas plus pour nous convaincre : Tucan Hotel, nous voilà !

20km, 350m D+ et 38° plus tard, nous jetons la tente sur la pelouse du Tucan Hotel.

10 commentaires

  • Bonjours à vous, je me nomme Patrice et je suis Québec. J’adore votre récit d’aventure. Les photos sont excellentes et très réalistes.

    J’ai traversé une partie du Canada, d’est en ouest en 2011 sur 3,300km en vélo et un Napo, mon chien de 80 lb qui voyageait avec moi dans une remorque. Au poste de pesée le poids total était 400lb: moi, le vélo, le chien, la remorque, la bouffe (moi et Napo(chien)), l’équipement, le linge et autres trucs. J’ai connu les mêmes problèmes avec la remorque car; La roue qui frottait sur la toile extérieur de la remorque. Les chutes sur l’accotement dû aux manque de contrôle et le vent etc.. Cela me rappelle beaucoup de souvenirs. Le vent qui souffle à sens contraire, c’est ahurissant comment c’est difficile de rouler face au vent. Parfois je roulais à 4km/h. Je me disais  » c’est pas possible, je vais marcher, je vais aller plus vite ».

    J’envisage maintenant faire la même route que vous quoi que je partirai du Canada. J’apprend bcp des blogs sur le net et du vôtre aussi.

    J’adore votre blog. Je n’en possédait pas car je n’aime pas la logistique alors je me contentais de Facebook. Vous pourriez m’aider à monter un blog comme le vôtre. Ou du moins, me donner des conseils. Mais j’attendrai que vous ayez terminer votre périple car vous avez beaucoup de route à faire encore et je vous supporte.

    A bientôt

  • Débile (qbc) ! incroyable !
    Quand je pense que je connais un jeune pas loin de chez vous qui a mis au point un tricycle solaire, quand je pense à la surface de votre cariole plus grande que son simple panneau et que j’imagine papy Jeff se faisant un plaisir de régler au poil l’électronique, alors je me dis que pour votre prochain voyage ça sera moins dur que celui-ci !
    Bravo ! et n’oubliez pas de prendre du bon temps entre deux étapes…

  • Liv,
    j’aimerais bien que tu reviennes bientôt mais quelle chance tu as !! Maman m’a lu quelques passages et j’ai beaucoup regardé les photos.
    Kameron, mon frère, se demande si vous n’êtes pas trop à l’étroit dans la cariole.
    Je t’embrasse.
    Profite-bien…

    Evie

    • Bonjour Evie,
      Je pense aussi à toi très souvent.
      Avec Tess, dans la carriole on s’amuse avec des noix de coco et des cailloux que l’on a ramassé. Et ce qui est trop bien c’est que pour le petit déjeuner on mange des cookies et des petits jus de fruits.
      On est pas trop serrées même si des fois j’aimerai bien avoir plus de place pour mes jambes.
      Je te fais des bisous.
      Liv

  • C’est un vrai roman qu’on suit toujours avec passion !
    Prenez le temps, savourez, c’est le temps passé ensemble tous les 4 qui compte le plus.
    Merci pour les partages !
    Bisous printaniers !

  • on vous sent plus serein
    les photos sont superbes comme d’hab !!
    et nos petites sont magnifiques ( vous aussi d’ailleurs !!)
    on vous aime !!
    des containers de bisous !!

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