Le voyage à vélo fait son oeuvre

L’heure du lever annonce généralement le programme de la journée. Lorsqu’il sonne à 4h45, le téléphone qui nous arrache à la nuit est synonyme de grosses chaleurs et longue journée, entre 60 et 100km. Une alarme à 5h30 annonce généralement une étape facile, d’environ 50km. Enfin les jours de repos, il n’y a évidemment pas de réveil et on se laisse aller à des grasses mat’ jusqu’à… 6h30-7h. En près de 4 mois nos horloges biologiques sont devenues de véritables montres suisses calées sur le rythme du soleil !

Réapprendre le confort et le prix du sommeil

Le sommeil que nous avons les jours de roulage est d’une qualité exceptionnelle. Juste cela nous motiverai (presque) à rempiler un jour de repos. Nous préférons mille fois passer ces nuits sous la tente où nous nous sommes équipés du meilleur matériel, ayant anticipé qu’un bon sommeil serai indispensable. Quel bonheur de s’écrouler sur nos matelas, d’adopter enfin une position horizontale. S’allonger dans la tente est d’autant plus appréciable que généralement nous n’avons pas de quoi nous assoir confortablement sur notre campement. Le petit centimètre d’air qui nous tient comme en lévitation au dessus du sol tantôt sableux, tantôt rocailleux, soulage alors immédiatement nos jambes qui ont donné le meilleur d’elles mêmes, étire gentiment la courbure de nos dos verrouillés en position cycliste au long court.

Le voyage à vélo nous rappelle ce que nous oublions souvent : le besoin de contraste. Dans un monde entièrement bleu, le bleu n’existe pas. Le bleu n’existe dans notre monde que parce qu’il cohabite avec le rouge, le vert et toutes les autres couleurs de l’arc en ciel. Nous vivons dans un monde tellement confortable que nous ne le voyons plus et on fini par pester contre la serveuse qui à eu le culot d’oublier le sucre dans son café. Quand on part à l’aventure, que ce soit en vélo, en kayak, à pied etc., notre référentiel de confort vol en éclat. Les journées sont longues, il fait chaud, le compteur kilométrique semble ne pas avancer, les pâtes à la sauce tomate ont le même goût que les pâtes à la sauce tomate de la veille et de l’avant veille. Alors quand vient l’heure de s’effondrer dans la petite bulle de confort que forme la tente, nous goutons à l’extase. La dégustation d’un bonheur simple peut alors commencer.

C’est aussi pour cela que nous adorons cette année à vélo et que nous continuerons à pédaler et à explorer d’autres horizons.

Panamerican Highway

4h45, le réveil fait exploser notre fragile bulle de confort. Dans l’obscurité la plus complète je tâtonne pour trouver mon téléphone. Comme d’habitude, l’allumage violent de l’écran me brule les yeux alors que je tente de l’arrêter le plus vite possible, pour que les filles continuent de dormir. Nous entamons alors le premier rituel de la journée : ranger l’intérieur de la tente, prendre notre petit déjeuner, ranger les sacoches, habiller les filles encore endormies et les mettre dans la carriole, plier la tente, monter sur les vélos et partir dès que la luminosité devient suffisante.

Ce matin là nous quittons le confortable jardin de Régis et Diniria en catimini, pour ne pas réveiller nos hôtes. Rapidement nous rejoignons la Panaméricaine.

Si ce nom de route sonne comme un appel au voyage, y pédaler à vélo est parfois beaucoup moins romantique ! Plus au nord nous avons eu droit à un tracé à simple voie. Ici au Panama cela ressemble plus à nos autoroutes Françaises : 2 x 2 voies mais avec une large bande d’arrêt d’urgence. Par chance nous nous élançons ce matin sur une section en travaux. Le Panama agrandit la route entre la ville de David et celle de Santiago. Du coup, sur les 200 prochains kilomètres, nous aurons 2 voies rien que pour nous ! Il reste 500km à parcourir pour atteindre Panama City, si nous pouvons nous passer du traffic sur plus d’un tiers, cela nous va très bien.

La route EST A NOUS !
La route EST A NOUS !

Le départ nous offre un paysage magnifique, la brume se lève petit à petit de part et d’autre de la route. Le soleil dont les rayons filtrent avec douceur dans cette couche cotonneuse, rempli le ciel d’argent, de cuivre et d’or. Il fait encore frais, probablement 28°, et nous filons à bonne allure à travers une succession de petites collines. Nous atteignons le village de Las Lajas en début d’après-midi. Nous partons à la recherche d’un logement abordable pour la nuit, la plage étant trop loin pour une nuit de bivouac.

On nous avait prévenu : le Costa Rica est très cher, mais une fois au Panama les prix redeviennent corrects. Visiblement ce n’est pas le cas partout ! Nous écumons les Bed&Breakfast, hôtels et cabinas. Rien à moins de 60$, ce qui est bien au delà de notre budget quotidien et il faut encore manger ! 

Toc toc toc – On peut dormir dans votre jardin ?

« Vous voyagez avec des enfants ? C’est génial vous allez pouvoir vous faire héberger partout ! » C’est ce qu’on nous raconte depuis des mois. Seulement voila, après 3 mois et demi à côtoyer les plus démunis, ceux qui se déplacent à vélo non par plaisir mais par nécessité, nous n’arrivons pas à nous faire à l’idée de quémander un bout de terre pour passer la nuit. Nous les européens qui « ont de l’argent » (comme on nous le rappelle régulièrement avec plus ou moins de délicatesse), et qui passent leur temps à voyager, nous n’arrivons pas à accepter de débarquer à 4 et « profiter » des autres. Ce sentiment est renforcé par le fait que nous ne sommes pas suffisamment confiant sur notre pratique de la langue ce qui nous prive d’offrir les échanges que nous voudrions avoir avec eux.

Mais le temps à fait son oeuvre, le voyage nous à appris à accepter l’aide des autres, comme quand Nancy nous a invité chez elle au Costa Rica. Aussi, nous en avons raz-le-bol d’être constamment pris pour des pompes à fric alors même que nous dépensons chaque dollar en conscience. Si nous adorons le bivouac, ceci n’est pas chose facile en Amérique Centrale et nous devons nous tourner généralement vers l’offre hôtelière.

Aujourd’hui, il faut que ça change. A l’entrée de la ville nous avons repéré la caserne des pompiers, les bomberos. Ils sont habitués à recevoir des cyclistes mais nous n’y avons jamais mis les pieds. Nous décidons de tenter notre chance pour ce soir. Un peu honteux nous posons nos vélos sur le parking et Charlotte rentrent avec les filles dans la caserne. Elles en ressortent quelques minutes plus tard : c’est bon !

A l’arrière de la caserne il y a un bout de terrain qui sert de stockage aux pompiers. Nous pouvons nous y installer, il y a même un robinet d’eau à proximité.

Campement installé chez les Bomberos Panaméens
Campement installé chez les Bomberos Panaméens

Je pars avec les filles chercher de l’eau potable, de l’essence pour le réchaud et en profitons pour acheter un paquet de bonbons que Liv et Tess iront offrir aux pompiers pour leur plus grand plaisir (aux filles et aux pompiers). Nous échangeons quelques mots puis chacun retourne à ses taches.

Douche
Douche

Le désert Panaméen

Entre Las Lajas et Santiago, il n’y a rien, ou presque. 118km et plus de 1500m de dénivelé sans auberge ni hôtel. Nous pensons être capables de le faire « en un coup ». Ce sera une très grosse étape mais elle semble à notre portée. Au pire, nous taperons à la porte d’une maison avec jardin dans un des hameaux que nous traverserons.

Nous repartons donc très tôt de la caserne avec une stratégie de roulage « à l’économie », en prévision de l’effort à fournir. Charlotte s’occupe de la première ascension, je m’occupe des deux suivantes. Nous avions largement sous-estimé la longueurs de ces portions de montées mais nous nous efforçons de maintenir une moyenne de 10km/h, seule condition pour atteindre Santiago dans les 12h de jour que nous offre le soleil en ce moment.

Au kilomètre 70km, la fatigue se fait sentir. Ce qui devait être du plat n’est finalement qu’une succession de collines sans fin. Et la chaleur ne fait qu’accentuer les côtes. Par chance nous sommes encouragés toute la journée par les ouvriers de la voirie et nous circulons toujours sur 2 voies d’asphalte neuf et privatisé. Nous frappons alors de plein fouet une section de l’ancienne route, celle d’avant la rénovation. C’est une abomination. La route n’est plus qu’un dallage irrégulier dont les crevasses pourrait facilement engloutir nos fines roues. Ca tape, on zigzague, nous partageons la voie avec camions et voitures, la moyenne tombe plus bas que terre. Lorsque nous rejoignons enfin la nouvelle route l’objectif d’atteindre Santiago s’envole. Notre moyenne sur la journée n’est plus que de 8km/h.

La veille nous avions repéré sur ioverlander un campement évangélique situé 30 km avant Santiago. Normalement réservé aux jeunes de la paroisse, il semble qu’ils accueillent également les voyageurs. Nous nous rendrons donc à la « buena esperanza » où le meilleur accueil nous est réservé. Il y fait très bon grâce à la légère brise qui souffle. On nous propose de planter la tente gratuitement sur un carré de pelouse si moelleuse qu’on hésite presque à sortir les matelas ! La nuit sera des meilleures (relire le début de l’article si vous êtes passé rapidement) !

 

 

Réveil à la Buena Esperanza
Réveil à la Buena Esperanza, Liv et Tess n’ont même pas remarqué que nous avons démonté la tente.
On the road again !
On the road again !

En arrivant le lendemain à Santiago, nous découvrons, une fois de plus, une ville qui semble tout faire pour qu’on la déteste. Traffic intense, bruit, chaleur. Le premier motel est insalubre. Je laisse les filles sur le parking du mega-mall-américain-qui-brille-de-mille-feux, sans carte de crédit, pour tenter ma chance dans un autre hôtel : 46$ pour une chambre sale et sans fenêtre… et quoi encore ! En sortant de ce taudis je vois de l’autre côté de la rue le Gran-David, hôtel de luxe. Exaspéré par ce qu’on vient de visiter je décide, sans trop d’illusion d’aller voir. La réception annonce la couleur, ce n’est pas le genre d’endroit où on demande à voir la chambre avant de payer. Je demande une chambre pour quatre et pour deux nuits. « J’ai une chambre pour vous qui normalement est à 82$ mais aujourd’hui je peux vous la proposer à moitié prix. » Lui ai-je fais pitié ? Le charme de la barbe fait-il enfin effet ?

Seul inconvénient, il est 10h et la chambre sera prête à 15h. Direction le MacDo pour un petit-déj wifi pour les parents et cage à hamster climatisée pour les filles.

Un porteur de bagages. Un luxe inattendu pour nos sacoches crasseuses !
Un porteur de bagages. Un luxe inattendu pour nos sacoches crasseuses !

A 15h nous prenons possession de notre chambre et profitons de la piscine.

Encore une belle rencontre

Le lendemain c’est repos ! Grasse mat, lessive à la main et recherche de pile pour mon compteur qui a décidé de me lâcher il y a quelques jours et piscine.

Il y a plusieurs semaines nous avons été mis en contact avec Lorraine et Bruno de la roue cool. Lorraine est la belle-soeur de la soeur d’un pote de pote rencontré (le pote du pote) lors d’une microadventure en 2015. Sérieusement.

Depuis le début du voyage on joue au chat et à la souris sans arriver à se rattraper. Depuis quelques jours nos communications se sont intensifiées. Fini l’email, on est passé à Whatsapp pour plus d’instantanéité. Ils sont en effet au Panama eux aussi et roulent vers Panama City.

En début d’après-midi je reçois un message de Bruno : « On vous retrouve dans 1h ou 2« . Whaou ! Ils ont bombardé ! Ca y est, nous allons enfin mettre un visage sur leurs noms et peut être pédaler un peu ensemble. Nous sommes tout excités de cette imminente nouvelle rencontre. Il leur faudra seulement 2h pour nous retrouver et quand ils arrivent, « ça fit » tout suite. Nous passons une courte (ils ont bien pédalé aujourd’hui) mais bonne soirée réfugiés dans notre chambre d’hôtel avec clim. Nous nous quittons en convenant que nous partirons à notre horaire habituel le lendemain et qu’ils nous rattraperons sur la route.

Aller, dernière ligne droite pour Panama City !

6 commentaires

  • Quelle écriture !!! c’est toujours un immense bonheur de lire les recits de votre aventure !!
    …….et les photos …………..avec nos mimines encore endormies !! :-))
    on a hâte de vous serrer dans nos bras
    on vous embrasse trés trés fort!!!

  • Pour demander l’hospitalité vous pouvez dire

    Sommos una familia viajemos en bicicleta. Buscamos una seguridad lugar por acampar pour una noche. ¿ Es possible de acampar aqui ?

    Au début on a noté cette phrase sur un bout de papier et parfois quand les habitants ne nous comprenait pas, on leur montait la note.

    Bonne route et bon vent de dos….

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